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Je suis assise dans le train et je vois défiler à toute vitesse des paysages de verdures. Paysages ouverts, plats, à perte de vue, interminables.
Je pense alors aux paysages de ma montagne libanaise. Lorsqu'on y roule, c'est souvent étroit, sinueux, assez sec, avec de gros chênes et beaucoup de reliefs.
Au Liban, je parviens à m'orienter grâce à telle montagne qu'on voit d'un côté et à un bout de Méditerranée que l'on décèle souvent de l'autre. Je peux dire que j'ai plus de mal à m'orienter en Suède, même et parfois surtout si je regarde sur la carte.
Je crois que c'est une des adaptations les plus difficiles que celle de s'adapter un nouveau paysage comme son cadre de vie. L'on me demande souvent si je parvient à supporter le temps froid de ce Nord où j'habite. Pour moi ce n'est pas le temps qui compte mais le paysage. Un paysage que l'on reconnait nous donne une sensation de chez soi. Un paysage étranger crée automatiquement une angoisse en nous. En plus on ne comprend pas d'où vient cette angoisse chronique.
L'importance et les conséquences de cette différence de paysages, je l'ai vue dès que je suis venue en Suède, mais je ne l'ai comprise que récemment.
C'était en Provence, au Sud de la France. Fin de l'été. Là j'ai grimpé durant une semaine sur les falaises des gorges du Verdon.
J'ai senti que c'était comme si je connaissais cet endroit depuis très longtemps, je me suis sentie bien, comme un enfant dans les bras de sa mère... bien que je n'étais pas au Liban!
Ces roches blanches, ces montagnes calcaires, ces rues sinueuses, cette nature parfumée de thym et de lavandes. Ces herbes sèches après un long et chaud été... J'étais chez moi. J'ai ressentie que j'avais une relation naturelle, un lien de sang à cette roche, à cette terre si semblable à celle de la montagne libanaise. J'ai compris que j'étais fille méditerranéenne. Et j'ai compris cette angoisse que je ressens parfois chez moi, tout en haut en Europe.
Les vacances terminées je suis revenue à ma Suède.
Je me sens allégée. Je commence à apprécier ces infinis paysages verts. Je médite le lent coucher du soleil sur les forêts denses. Mes yeux se calment quand je fixe les troncs des arbres droits innombrables. Je sens l'odeur de la forêt d'ici. Elle aussi est bonne.
Est-ce ca être paysagiste? S'adapter aux différents paysages?!